Le théâtre de verdure

Le théâtre de verdure

« C’est au goût pour le théâtre de la famille Gravereaux et aux Rosati que la Roseraie doit une nouvelle étape de son agrandissement avec la construction du Théâtre de la Rose ou Théâtre de Verdure en 1906 ». (Nadine Villalobos, Florilège)

Le théâtre de la Rose est à l’extrémité sud de la Roseraie. La scène est en plein air, engazonnée et appuyée sur les arbres du Parc.

 

A l’origine, le « fond de scène était constitué d’une colonnade courbe d’imitation antique en stuc qui intégrait deux reproductions des Danseuses de Canova. Au centre, le temple de Vénus, inspiré de celui des jardins du petit Trianon à Versailles, dominait la scène et abritait une reproduction de la Vénus présentant une rose de Cahuzac, les spectacle se trouvant ainsi placés sous la bienveillante protection de la déesse de la beauté et des roses ». (Nadine Villalobos, Florilège
Ci-dessous le Théâtre de verdure de la Roseraie du Val-de-Marne, tel qu’il a existé de 1905 à 1970, date à laquelle il fut démoli pour des raisons de vétusté. 

 

Le thtre de verdure de la Roseraie, tel qu'il a exist de 1905  1970

 


 

Le théâtre de verdure de la Roseraie, tel qu’il a existé de 1905 à 1970, date à laquelle il fut démoli pour des raisons de vétusté.


Le théâtre de Verdure selon Lottin

 

« Ce théâtre d’une architecture originale et d’un goût parfait a un charme particulier, tout est naturel dans ce coin de parc presque sauvage d’où se dégage une atmosphère calme, silencieuse, quasi religieuse. Les banquettes et sièges de gazon, parterres et avant-scènes sont enguirlandés de rosiers. Rien ne manque, jusqu’au trou du souffleur dissimulé sous une voûte de verdure, les loges des artistes construites en rustiques, coulisses et décors, tout est vert et frais, tout est fleuri de roses, tout y est vraiment féerique. »

 Ce théâtre servit, pendant de nombreuses années, de cadres à des réunions de famille, des fêtes splendides et des spectacles brillants initiés par Jules Gravereaux. Jardin mondain, il était le témoin du style de vie d’une famille bourgeoise de la Belle Epoque.

 

En 1905, Jules Gravereaux rencontre les Rosati, troupe de théâtre créée en 1776, regroupant une société des gens de lettres, célébrant la femme et l’amitié. Gravereaux leur propose d’organiser des représentations dans sa propriété. Ainsi naquît le théâtre de verdure de la Roseraie.

 

Qui sont les Rosati ?

 

Association de gens du Nord de la France qui célèbre le culte de la rose. Lors d’une partie de campagne, un convive s’écrie : « Amis, qu’un si beau jour renaisse chaque année lors d’une réunion champêtre et qu’on l’appelle « la fête des roses » ! ». Ainsi le 12 juin 1778 naît la société les Rosati, anagramme d’Artois. Son emblème est la rose à cent feuilles et leur lieu de réunion s’appelle l’Eden ou le Bosquet de la Rose. Ils organisent leur fête annuelle à… Fontenay-aux-Roses : après une long banquet, entrecoupé de discours, suivent divers épreuves de théâtre, poésie et musique en éloge à la rose, récompensant les lauréats d’un diplôme et d’une gerbe de rose.

Le 17 juin 1906, Emile Langlade y fait représenter pour la première fois Les Rosiers de Zaala, conte persan en un acte. Jules Gravereaux fait une dédicace aux Rosati en leur donnant leur nom à une de ses nouvelles obtentions, la rose « Les Rosati », un Pernetiana.

 

Le 13 juin 1909, c’est Adonis ou la naissance des roses, poème mythologique en un acte, en vers, d’Emilie de Villiers, qui est, à son tour, joué pour la première fois au théâtre de verdure. La même année, René Le Cholleux y présente un ballet pantomime, Le Triomphe de la rose, avec la jeune Emma Sandrini, danseuse de l’Opéra de Paris, mais aussi la tragédienne Madeleine Roch, sociétaire de la Comédie-Française.

 

Le 23 juin 1907, la danseuse Emma Sandrini réjouit les spectateurs venus assister à un opéra-ballet, Le Temple des Roses ou le Triomphe du dieu Pan.
Le journaliste Honoré de Balzac raconte dans L’illustration :
« L’inattendu de l’architecture à colonnes du Théâtre de la rose lui prête une certaine saveur et quand, dans l’hémicycle garni de roses et de jolies femmes voilées de toilettes claires et chapeautées de fleurs , Mlle Sandrini vient rythmer ses danses sobrement lascives, il monte de ce parterre unique au monde un parfum de volupté païenne et champêtre, comme on n’en respira dans ses jardins nulle princesse d’orient ».

 

Puis, le 8 juin 1912, après récitation de poèmes par les deux grandes dames de la Comédie-Française, Cécile Sorel et Louise Silvain, eut lieu la première représentation d’un spectacle unique, La Vie d’une Rose de Schumann, dansée par le corps de ballet de l’Opéra, conduit par Mlle Sandrini et chantée par Félia Litvinne. Pour l’anecdote, c’est le conte de Montesquiou qui annonce les festivités et quand vient le moment du concert, celui-ci s’exclame : « Et maintenant voici Felia Litvinne, la plus grosse des roses… ». La cantatrice, bien que souvent moqué pour son embonpoint, n’apprécie la plaisanterie et la brouille est immédiate !

 

Le 12 juin de la même année, une fête réunissait à nouveau plusieurs grands noms de la poésie : Fernand Gregh, Dorchain, Hélène Vacaresco, Pierre Louÿs, et Jean Richepin de l’Académie Française et ce jour-là, un tout jeune poète, Jean Cocteau, déclama ses premiers vers. On y aperçut aussi les danses merveilleuses de l’américaine Isadora Duncan.

 

Programme de la fte du 12 juin 1912


Programme de la fête du 12 juin 1912

Extraits d’articles de presse commentant la fête du 12 juin

 

« Une sonnerie de trompes, on débarque, et ce sont les merveilles du plus beau domaine du monde, le « musée de la rose », la roseraie embaumée avec ses charmilles, ses parterres et l’étincellement innombrable de ses roses, les allées du parc séculaire, et, tout au bout, la surprise du plus verdoyant, du plus élégant, du plus joli des théâtres de la nature. » (Le Temps)

 

« Ce fut surtout la fête de la poésie. On y entendit une admirable conférence de M.Jean Richepin, toute parfumée, toute enivrée, devrait-on dire, des charmes de la nature et du printemps ; il dit la légende de la Rose et trouva, à propos de cette fleur d’idéalisme, à conter les plus tendres, les plus émouvantes choses du monde. » (Le Figaro)

 

« Ce fut une fête de poésie, de jeunesse et d’amitié, que celle donnée, hier par L’Université des Annales chez M.Gravereaux, à cette célèbre Roseraie de l’Haÿ, qui est un enchantement,
un paradis fleuri.
 » (La Liberté)


La guerre de 14-18 et la mort de Jules Gravereaux en 1916 interrompirent ces fêtes. Cependant, la Roseraie accueillera encore plusieurs fois des artistes et des manifestations, Joséphine Baker par exemple en 1925.

 

Le 10 juin 1949, le couturier Rochas y organisa une grande réception pour lancer son nouveau parfum : « Rose » et tout était rose au cocktail qui réunit le Tout-Paris ce jour-là, même le champagne !